« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». Telle était la devise de Gébé dans L’An 01. Aujourd’hui, on est bien obligés d’arrêter. Donc autant réfléchir. Pour que demain soit moins triste.

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Danielle, retraitée

Grand soleil à St Pierre d’Oléron… Aujourd’hui je me déconfine : très légalement, ça va de soi ! Munie de mon panier à roulettes, de mon autorisation signée – par moi, j’m’y ferai jamais, à 75 ans, j’ai l’impression de faire le mur – de gants et d’un foulard en mode « anti lacrymo + lunettes de soleil ». Direction le marché à un kilomètre, j’ai le droit. Ça me fera une marche de deux kilomètres aller-retour pour ramener de la bouffe : j’ai toujours le droit ! Je me sens revivre. Faut dire que je n’avais pas pu sortir pour cause d’opérations des orteils pendant… huit semaines.

Personne, personne, personne ! C’est pas comme au supermarché où le parking est plein. Une petite mamie avec son panier, comme moi, est en vue à 200 mètres. J’arrive sur le marché : peu de monde, très peu. Tout est organisé : une seule entrée/sortie avec un sens de circulation. Ça fait drôle ce marché, bondé en saison, sans personne qui fait la queue ! C’est un marché avec essentiellement des producteurs locaux, des maraîchers, des poissonniers qui se fournissent localement, etc. A moi le poisson frais, les asperges, les petits pois. J’ai un peu honte d’être privilégiée mais est-ce que je lèse quelqu’un ? Est-ce que je suis dangereuse pour les autres ou pour moi ? Qu’on me le prouve alors ! J’ai droit aux grands sourires des commerçants et je leur rends bien. C’est chouette, non ? C’est ça la solidarité, j’en suis sûre, loin des écœurantes hypocrisies médiatiques.

Et je reprends le chemin du retour. Toute guillerette d’avoir accompli ma première marche depuis trop longtemps. Toujours personne et plein de soleil. Il fait beau à n’y pas croire, il fait beau comme jamais (merci Aragon). Sur ma gauche, à une centaine de mètres, deux jeunes têtes apparaissent puis reculent… peut-être veulent-ils que je m’écarte un peu ? La contagion ? Je fais un crochet. Le jeune couple m’interpellent : il y a des gendarmes ? Ben non. Vous êtes allée au marché ? Ben oui, c’est ouvert, on a le droit avec l’attestation. On nous a dit qu’on n’avait pas le droit de faire du vélo ! Je les rassure, j’ai vu des voitures, des vélos, pas beaucoup bien sûr mais, munis de l’attestation, on peut faire ses courses sur le marché, jusque-là c’est légal les enfants ! Merci Madame, me disent-ils. Et là j’ai envie de pleurer.

"J'ai droit aux grands sourires des commerçants et je leur rends bien. C'est chouette, non ? C'est ça la solidarité, j'en suis sûre, loin des écœurantes hypocrisies médiatiques." Danielle, retraitée, témoigne. #Lan01 via @francois_ruffin

Sofi, assistante sociale

“Ma fille et ses ami(e)s sont saisonniers depuis des années. Aucune certitude sur leur salaire fin mars. Ils se retrouvent donc sans logement, sans voiture, sans salaire.” Sofi, assistante sociale, témoigne.

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