« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». Telle était la devise de Gébé dans L’An 01. Aujourd’hui, on est bien obligés d’arrêter. Donc autant réfléchir. Pour que demain soit moins triste.

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Martine, retraitée

J’ai travaillé pendant de nombreuses années en EHPAD (autrefois nommée Maison de Retraite et même avant Hospice). J’ai vécu, d’année en année, la diminution du nombre d’aide-soignants et d’infirmières parallèlement à l’augmentation de l’âge de nos résidents, de leur dépendance, et de leurs pathologies.

J’ai vu croître le sentiment de culpabilité des soignants, en vivant cette impuissance à s’occuper correctement des personnes âgées, en étant obligé de leur limiter le nombre de douches, à ne pas pouvoir aider aux repas des plus dépendants, à être sans cesse en train de leur dire de se dépêcher pour ceci ou pour cela, à manquer de temps pour leur parler, pour les habiller correctement et sans leur faire mal à cause de notre précipitation, à les laisser dans leurs « couches » sales par manque de temps pour les changer…

Je me demande si ceux qui nous dirigent ont conscience de cela, cette situation qui existait depuis longtemps, avant le coronavirus. De plus en plus de familles, malgré le prix payé pour que les personnes âgées vivent là, venaient nous aider pour suppléer au manque d’effectif et être ainsi rassurées que leur père, ou mère résidant ici aurait mangé, serait douché…

Alors, je me demande, maintenant que sont décrétés le confinement et l’interdiction aux familles et aux visiteurs d’entrer dans les EHPAD, maintenant que l’on vit aussi une diminution de personnels qui sont malades ou en congés maladie pour s’occuper de leurs enfants, je me demande comment vivent les personnes âgées ? Qui les aide à ouvrir leurs barquettes de repas dans certains EHPAD, qui les aide à manger, où en est l’hygiène, le risque d’escarres à cause des selles confinées (elles aussi), combien de douches par mois et par personne (nous, on en était parfois à deux douches par mois, il y a longtemps)…

Je crains que beaucoup de personnes âgées ne meurent de cette maltraitance (mais qui crée les conditions de celle-ci ? ) et soient ajoutées à ceux qui mourront du coronavirus.

"Alors, je me demande, maintenant que sont décrétés le confinement et l'interdiction aux familles et aux visiteurs d'entrer dans les EHPAD, je me demande comment vivent les personnes âgées ?" Martine, retraitée, témoigne. #Lan01 via @francois_ruffin

Sofi, assistante sociale

“Ma fille et ses ami(e)s sont saisonniers depuis des années. Aucune certitude sur leur salaire fin mars. Ils se retrouvent donc sans logement, sans voiture, sans salaire.” Sofi, assistante sociale, témoigne.

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